Euskal-Go en vadrouille

Notre coquille sur le dos, nous partons en voyage…

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Classé dans : Albums photos — 18 octobre, 2011 @ 9:27
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Classé dans : Albums photos — 10 octobre, 2011 @ 10:08
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Albanie 6 et fin

Classé dans : Albanie 2011 — 10 octobre, 2011 @ 9:44

6° partie

 

 

Au matin, dans le bois encore mouillé, mais le beau temps revenu, ce ne sont plus seulement des girolles, mais aussi des cèpes que nous ramassons. Il y en a aussi plus d’un kilo en peu de temps. Et des girolles encore, mais rien ne sert de continuer à cueillir des champignons que nous ne pourrions pas manger. Le menu de ce midi est assuré, pour la partie légumes.

Au sommet d’un col nous faisons le plein d’eau au tuyau d’une fontaine. Un groupe de courageux cyclistes – hollandais ?- nous dépassent et se laissent glisser avec bonheur dans la descente. Nous les avions aperçus hier au soir, qui arrivaient à l’auberge sous la pluie.

Nous descendons vers Leskovik par une série de lacets serrés. Dans la petite ville tranquille, nous partons à la recherche d’un boucher. Sa boutique est fermée, mais un voisin lui téléphone et il arrive promptement. Nous l’aurons dérangé pour rien car il ne propose que de la viande congelée. Un petit tour à la banque, une visite à l’épicerie – vin rouge cette fois – et miracle, pour la première fois, du persil.

La route frôle la frontière grecque et s’oriente d’un coup au nord ouest pour longer l’énorme massif. Des travaux considérables sont en cours sur le versant opposé pour la construction d’un long canal et d’une conduite forcée qui alimentera la nouvelle centrale électrique. De gros bunkers jouent à papa et maman entourés de ribambelles de petites casemates individuelles. La végétation est maintenant de type méditerranéen et au bord de la route de gros buissons de jasmin diffusent un parfum enivrant. Nous suivons désormais le cours de la rivière Vjosë, aux eaux tumultueuses aussi grises que l’étaient à Berat celle de l’Ossum, qui s’y rejoignent, après un cours parallèle. De l’autre côté de l’eau quelques villages s’accrochent aux pentes de la montagne, toits de tôle rouge, sous les derniers névés à 2500 m, difficiles d’accès entre les cônes d’avalanches.

Avant Përmet, nous prenons à droite en direction d’une source thermale que nous indique un panneau. Après quelques kilomètres, nous sommes arrêtés par un incident de circulation : dans un virage, la benne basculante d’un gros camion s’est mise en travers pour se poser sur la ridelle d’un transit à plateau. A l’aide de crics et de grosses pierres, les deux chauffeurs tentent de se sortir de ce mauvais pas. L’opération semble très dangereuse, mais réussit finalement sans plus de dégât. Aux abords de la source, très fréquentée, nous prenons nos aises sur un petit monticule au dessus de la rivière pour un dernier repas en commun. Charles et Maïté on renoncé à la balade que nous envisagions pour demain vers le village de Frasher, à quarante kilomètres de piste. Ils vont aller à Gjirokastër dernière étape albanaise avant de passer la frontière pour deux jours de plage en Grèce. Pendant que Nicole et Maïté s’affairent à la cuisine – confit de canard et champignons – Charles resserre les étriers de ses demi-lames de suspension qui ont reculé de deux centimètres.

Nous regardons nos amis s’éloigner avec un petit pincement au cœur. Après cet excellent repas, la meilleure chose nous semble une petite sieste à l’ombre de la cellule. Un gros Toyota allemand, équipé pour l’aventure, traverse le gué et attaque gaillardement la piste raide sur l’autre rive. Où mène cette piste ?

Vers dix sept heures, la grosse chaleur passée, nous gagnons la source thermale, les bains de Benjë. Au pied d’un magnifique pont en dos d’âne qui ne dessert qu’un sentier muletier, une piscine rudimentaire accueille une trentaine de personnes dans des eaux bicarbonées à 30°C. Six sources jaillissent sous le rocher et alimentent autant de bassins aux effets thérapeutiques bénéfiques pour les rhumatismes, l’estomac et la peau. Les jeunes qui se baignent semblent plus s’amuser que réellement se soigner. Nous buvons un coup à la terrasse sommaire du seul café de l’endroit dont les sympathiques propriétaires nous donnent quelques explications. Au-delà du pont s’ouvre, parait-il, un étroit et magnifique canyon.

Nous revenons vers la cellule avant que le soleil ne disparaisse derrière les montagnes et nous goûtons cette première soirée de totale solitude.  

 

 

 

 

 

Malgré l’envie que j’en aie, je ne franchis pas la rivière et ne prends pas cette piste qui me tente mais dont je ne sais rien. Hier, en arrivant aux bains de Benjë, nous avons, de la route, aperçu un joli village, perché dans la montagne, aisément repérable par les grands cyprès qui entoure l’église. C’est justement Benjë. Une piste caillouteuse franchis de petits gués et monte raide vers le village. Le dernier virage est très serré et nous passons un portail qui nous fait entrer sur une esplanade à côté de l’église. L’église du XIX° siècle est fermée. Les larges arcades d’un préau offrent une vue magnifique sur la vallée. Nous grimpons vers le village par une petite ruelle pavée qui se glisse entre les jardinets en terrasse qui jouxtent les vielles maisons de pierre aux toits de lauze. Derrière un portail de bois, les membres d’une famille nous regardent avec curiosité et sortent à notre bonjour pour nous saluer, y compris la grand-mère toute de noir vêtue. Sur les linteaux des maisons, nous remarquons des symboles sculptés ou des figures animalières. Un long serpent sur un tronçon de colonne. Un bouquetin sur le tableau d’une porte ancienne. Sotiri, que nous avons croisé et salué quelques minutes plus tôt nous retrouve devant sa maison et nous invite pour un café. Nous pénétrons dans une petite cour fleurie dont le mur de clôture comprend plusieurs figures gravées prélevées sans doute sur des maisons en ruine. La maison est une belle demeure sans doute début XIX°. De belles boiseries occupent tout un mur du salon, et des banquettes courent sur deux autres cotés. Le mobilier, en dehors d’un joli buffet dans la cuisine, est une production très ordinaire des années 60. « Gezuar. Shendët. » Sotiri nous offre du raki et je profite de ce qu’il est allé préparer du café pour me débarrasser du fond de mon verre dans un vase qui contient quelques fleurs artificielles. Nous buvons un café épais en utilisant quelques mots d’anglais. Sotiri est ou était l’instituteur du village. Il a 61 ans, travaille-t-il encore ? Il nous fait visiter toute la maison puis nous emmène faire le tour du village et sa petite école, contigüe à l’église. Puis il fait sonner la cloche de l’église qui provoque l’arrivée d’Elena, avec les clefs, pour que nous puissions la visiter. Sotiri nomme les saints représentés sur les icones, mais ne reconnaît pas le Christ. Bien quil se soit dit catholique, il reconnaît avoir été élevé dans l’athéisme et ne rien connaître à la religion.

Nous invitons Elena et Sotiri à boire une bière dans la cellule puis les quittons en leur promettant d’envoyer les photos.

Redescendus dans la vallée, nous gagnons la petite ville de Përmet, à quelques kilomètres. C’est une petite ville moderne, assez agréable, mais sans grand intérêt. Nous faisons sous la chaleur de 13 heures, quelques courses dans une épicerie qui va fermer et achetons du veau – encore – chez le boucher. Nous nous attablons à la terrasse d’un restaurant chic qui domine la rivière où nous avons la surprise d’être accueillis et servis pas une jeune femme qui parle un peu de français. Le repas est assez quelconque, l’addition raisonnable, le café excellent.

Nous partons vers Fracher, village de montagne que le Petit Futé recommande pour son cadre exceptionnel. Nous quittons le goudron peu après Përmet. La piste s’enfonce dans une large vallée. Un grand bâtiment blanc surmonté d’un dôme doré occupe la croupe du premier contrefort. C’est un « tekké », lieu de culte des « bektashis ». Le bektashisme est la quatrième religion de l’albanie, confrérie mystique musulmane fondée au XIV° siècle.

Nous n’avons pas encore entamé la montée que nous rencontrons, à la descente le couple d’allemands et leur Toyota. La piste fait donc bien une boucle depuis les bains de Benjë. Sans difficulté depuis Fracher, elle était difficile, voire très difficile, de Benjë à Fracher, étroite et aérienne. La dame disait avoir serré les fesses !

Il nous faut deux bonnes heures pour parcourir les 35 kms  jusqu’à Frascher. Nous croisons deux véhicules. Au fur et à mesure qu’elle s’élève, la piste offre une vue de toute beauté sur les hauts sommets qui barrent l’horizon. Arrivé au col, nous entrons dans la forêt de hêtres et de sapins qui nous accompagne un moment. Un petit lac annonce l’arrivée au village composé de trois fermes, d’une importante maison – le musée ?- devant lequel trois bustes imposants rendent hommage à trois écrivains locaux , d’une école et de bâtiments désaffectés autrefois occupés par les soldats d’Enver Hoxha. En face du musée, un champ où paissent quelques moutons nous invite au bivouac. Nous sollicitons l’autorisation de nous installer auprès d’un homme qui marche sur le chemin près de son cheval bâté. « Ska problem. » Un berger s’approche, puis un homme en tee-shirt blanc, puis un monsieur en survêtement bleu en plus de l’homme au cheval. En moins de deux, nous nous retrouvons à boire du café et croquer des biscuits sur notre table de camping. La conversation n’est pas facile, aucun de ces messieurs ne parlant anglais. L’homme au tee-shirt est un ancien policier de Tirana, prétend avoir fait vingt ans de prison sous l’ancien régime. Le survêtement bleu revêt élégamment un bijoutier de Tirana en congé dans son village natal.

L’homme au tee-shirt blanc nous entraine pour visiter, croyons- nous, le musée. Il passe un coup de fil et cinq minutes après arrive un pick-up dans lequel nous grimpons. Nicole me fait remarquer que dans des pays plus risqués nous nous ferions enlever en toute innocence. Nous arrivons très vite devant le portail d’un bel ensemble de bâtiments anciens. Le porche est surmonté du symbole bektashi, soleil gravé dans la pierre. Une allée  pénètre au cœur du « tekké » où nous faisons connaissance du « baba », le père, énorme personnage à l’imposante barbe, encore jeune. Pendant que la discussion s’engage entre eux, on nous invite à visiter librement les lieux. Nous n’osons pas pénétrer dans les bâtiments. Par une porte entrouverte, nous apercevons les sépultures de deux anciens baba : des ouvriers restaurent l’endroit très abimé par la dictature et nous donnent comme ils peuvent, quelques explications. De nombreuses gravures ornent les pierres angulaires des maisons : édifices religieux stylisés, étoiles, grenades, oiseaux, aigle à deux têtes, personnages. Une date figure à l’angle du bâtiment principal : 1866, la même que sur la fontaine où se font les ablutions. La coiffe de feutre blanc du baba traîne sur un muret, relevée d’une broderie ton sur ton. Nous revenons vers le groupe. On nous fait signe de rester sur place, et on nous abandonne sans plus de manières, sans doute pour la prière … qui dure, dure… Une demie-heure se passe, puis trois quart d’heures. Tant pis, nous faisons à pied les 1500m qui nous séparent de notre campement.

La fille, ou la belle fille de l’homme au cheval s’invite pour une causette avec Nicole, accompagnée de son gamin de deux ans qui escalade les coussins d’Euskal-Go. Elle est institutrice au village et parle un peu français. Le père, ou le beau-père, m’entraine jusqu’au lac pour relever ses lignes, bredouilles, et raccrocher des vers aux hameçons. Les dernières lueurs du jour accrochent aux montagnes des ombres féeriques qui trouvent leur image renversée sur les eaux noires du petit lac. Mon appareil photo est resté dans la voiture.

La nuit est tombée, chacun est rentré chez soi. Le sommeil nous gagne très vite après diner.

 

 

Au matin, nous sommes invités à boire un café chez l’ex-policier de Tirana. Pas d’explications sur sa disparition hier au « tekké » ni de commentaires sur notre retour à pied.

Devant la maison s’étend un joli potager : tomates, haricots, épinards …

Sa femme et lui sont fiers de nous installer dans de profonds canapés en cuirs, plutôt kitch, qu’on n’attend pas vraiment dans ce village perdu. En guise de café on nous sert quelque chose qui ressemble à un millefeuille et qui se révèle être un morceau d’alvéole gorgé de miel. Le miel est délicieux, l’alvéole une fois mâchée vous laisse dans la bouche un morceau de carton qu’il faut recracher.

Nous prenons congé après nous être renseignés sur la piste qui rejoint les bains de Benjë, et dont les allemands nous ont dit que ce n’était pas que du plaisir. On nous parle de trois heures de pistes sans difficulté.

Nous partons donc sur le chemin qui nous fait repasser devant le « tekké », désert à cette heure.

Les choses commencent plutôt bien. Sans être roulante la piste n’est pas plus problématique qu’à la montée. Le panorama est superbe sur ces flancs de montagne à la maigre végétation. Une source abondante dans un virage, nous permet le plein d’une eau limpide et fraîche. Très loin sur notre gauche, dans le fond d’une vallée, des toits de tôle qui brillent sous le soleil indiquent des maisons totalement isolées qu’aucune piste ne semble desservir. Nous roulons longtemps, à flanc de montagne, sans trop monter ni trop descendre, cahin-caha, pas bien vite, profitant du paysage. Le Gps nous indique notre destination à dix kilomètres, a vol d’oiseau. Une maison et son potager surplombe le chemin, un homme s’arrête de sarcler son potager pour nous saluer de la main. Puis nous découvrons un gros village dans un vallon boisé et nous arrêtons sur ce qui pourrait être une place. Des enfants jouent au ballon dans la boue, correctement vêtus et pas encore trop sales, en milieu de matinée. Là encore : «  Bonjour, comment tu t’appelles ? » Nous faisons connaissance. Ils ne nous suivent pas dans notre visite du village. Les maisons encore occupées, la majorité, sont bien entretenues, belles constructions de pierres et lourds toits de lauze, entourées de potagers bien tenus, balcons coquets, escaliers impressionnants. Les rues, autrefois pavées, sont par contre laissées à l’abandon, comme l’église du village, vidées de ses icones et de son mobilier, et le local de l’ancien parti au pouvoir, carreaux cassés et slogans défraichis.  Nous ne rencontrons que deux femmes devant leur maison qui nous indiquent le chemin de l’église. Il faut à coup de bâton se frayer un passage dans les ronces et les orties pour y pénétrer.

Les renseignements que nous donnent les enfants sur la direction à prendre ne sont pas clairs et nous mettons un moment avant de trouver la suite de la piste. Le premier virage nous offre une superbe vue sur le village que nous venons de quitter.

Un peu plus loin, sur un promontoire où paissent quelques vaches, un antique bulldozer soviétique passe une paisible retraite, rongé lentement par la rouille. J’y récupère une excellente barre-à- mine qui faisait défaut à mon équipement.

Nous nous disons que les allemands étaient bien impressionnables, quand après un virage, nous découvrons sur un versant désolé en face de nous l’inquiétante et précaire saignée de notre piste, rétrécie, en devers par endroits, surplombant le vide et franchissant les ravins adjacents dans des épingles à cheveux à moitié effondrées. La dame serrait ses fesses allemandes, nous serrons les nôtres, bien françaises. Deux virages coupés par un ruisseau qui a emporté une partie de la piste nécessitent une manœuvre pour être franchis.

Plus loin, c’est la boue qui s’en mêle. Les passages délicats se font plus nombreux, heureusement dans des endroits non exposés. Nous faisons quelques belles embardées dans des ornières de plus en plus profondes dans lesquelles nous tombons, d’avoir voulu les éviter en essayant de laisser deux roues sur le bord plus ferme.

Revenu sur une partie caillouteuse et aérienne, je me rends compte qu’un pick-up arrive derrière nous. Il nous rattrape et je profite d’un renfoncement sur la droite pour le laisser passer. A vide, il roule beaucoup plus vite que nous et nous dépasse en nous saluant. Deux minutes après, dans un petit bois, une grosse ornière occupe la piste. Le pick-up vient d’y passer et je m’y engage  prudemment, pas trop lentement quand même, histoire de ne pas y rester, mais à la sortie, c’est mon pare-choc qui accroche et le cabochon de mon feu arrière gauche qui disparaît définitivement dans la boue. Heureusement, les feux fonctionnent malgré tout, sauf le stop.

Après un second village, la piste redevient plus facile. A vol d’oiseau, nous sommes encore à six kilomètres des bains de Benjë. Nous descendons franchement, surplombant une rivière aux eaux grises que je suppose être celle qui coule sous le pont de Benjë. Dans la vallée, quelques maisons et quelques champs s’accrochent aux pentes, totalement isolées. Le chemin remonte pour passer un petit col, puis plonge vers la rivière. Sur l’autre rive, en contrebas, de gros engins de chantiers rabotent la montagne parallèlement à la rivière, sans doute une route en construction. Sur un étroit pont de béton, nous franchissons les eaux rugissantes qui se ruent dans un étroit et profond canyon, qui finira en amont du beau pont de Benjë.

Nous nous croyons à bon port, mais la piste fera encore de longs détours avant de se décider à dégringoler jusqu’au niveau de la rivière que nous franchissons à gué avant de gagner le petit emplacement où nous avions partagé un dernier repas avec Charles et Maïté deux jours plus tôt. Nous avons mis cinq heures, pour rallier Frasher à Benjë. Un peu éprouvant, c’est vrai, mais les paysages superbes valent vraiment de ramer un peu.

Nous déjeunons très tardivement, côtes de veau et girolles ! Ensuite de quoi, après un petit bain dans un trou profond de la rivière nous retournons au petit bistro près du pont pour y boire un coup. Les propriétaires nous y font un excellent accueil. La patronne nous fait gouter son pain et son fromage. Son mari, une fois compris le trajet que nous venions de faire, me montre une carte d’état major pour repérer et nommer les villages que nous avons rencontrés.

Nous regagnons notre bivouac pour une bonne douche en extérieur aux derniers rayons du soleil. Une fois de plus, nous nous endormons sur une très belle journée.

 

 

 

 

Dernière journée en Albanie.

La route suit le cours de la rivière Vjosë. Les moissonneuses sont à l’ouvrage  dans les champs qui bordent la route vers Këlcyrë et les bottes de pailles de blé sont chargées sur les camions. Au bord de la route aussi sont empilés des montagnes de pavés, probablement destinés à nos places et rues piétonnes occidentales.

Këlcyrë est une petite ville sans caractère, au carrefour des routes de Berat et de Tepelenë. Nous y achetons quelques légumes. Les HLM d’époque communiste exposent leurs briques nues aux intempéries. On n’a pas vraiment envie d’habiter là.

La route vers Tepelenë emprunte une vallée étroite. Une usine d’embouteillage d’eau flambant neuve est installée près d’une résurgence abondante. Nous buvons un café dans un hôtel  récent qui nous semble surdimensionné. Qui occupe toutes ces chambres? Près de l’établissement, nous faisons notre dernier plein d’eau albanais.

A Tepelenë, nous complétons nos courses dans un super-market bien achalandé. Nous nous promenons le long des anciennes murailles dressées pour défendre la ville sous le règne d’Ali Pacha, mais c’est assez décevant, d’autant que près de la poterne un tas d’ordure attend un improbable ramassage. Il fait assez chaud et les rues ne sont pas ombragées. Nous trouvons un restaurant dont la terrasse, une fois de plus, domine la vallée. La carte n’est pas très étendue : « bifteck », c’est-à-dire côtes de porc, sans doute congelées. Mais c’est plutôt bon. Pas de café, le percolateur est en carafe, pas de café non plus en face, il n’est pas allumé. Café enfin, dans le bistro suivant, excellent.

Nous emmenons Euskal-Go dans un « lavazo » pour une toilette indispensable. Il faut plus d’une demi-heure à deux gaillards et à leur karcher pour venir à bout, c’est le cas de le dire, de toute la boue accumulée. Mais quel bonheur ensuite, cette carrosserie rutilante et la blancheur oubliée de la cellule !

La route à quatre voies nous emmène rapidement à Girokastër, belle ville ancienne bâtie à flanc de montagne. Passée la ville moderne, nous attaquons la montée sur des pavés luisants : mieux vaut ne pas avoir à faire un démarrage en côte. Nous passons le « col », véritable petit col, en pleine vielle ville, où se réunissent les différents quartiers de Girokastër. Nous nous garons sur une place ne contrebas. A pied, nous explorons les environs du col, mais nous ne voulons ni trop monter, ni trop descendre sous une forte chaleur. D’énormes maisons appuient comme deux tours tronquées sur une grande arcade. Le rez-de-chaussée est aveugle, les deux étages sont largement ouverts par d’immenses fenêtres à petits bois. Le minaret de la vielle mosquée lance sa pointe argentée vers le ciel. Tout en haut du piton se dresse la citadelle d’Ali pacha. Nous y montons par un chemin détourné, rasant les murs pour chercher l’ombre.

Une impressionnante galerie aux piliers gigantesques et aux murs énormes, expose des pièces d’artillerie de la seconde guerre mondiale. Les remparts offrent sur les toits de la vieille ville une vue étonnante, enchevêtrement serré de pans de lauze déformés par les ans. Nous parcourons un moment les vieilles rues au pied des belles demeures, puis nous descendons dans la ville moderne où nous nous efforçons de dépenser nos derniers leks.

Nous reprenons la grande route en direction de la Grèce, puis nous bifurquons en direction de Libohovë près de laquelle nous cherchons notre dernier bivouac. Sur la piste, près d’un petit lac, nous entrons au bord d’un champ. La piste s’avérera très fréquentée et ce ne sera pas le plus beau bivouac de notre séjour.

 

Le lendemain, nous passerons la frontière sans encombre après tout juste trois semaines et deux mille kilomètres en Albanie, et gagnerons la ville de Ioannina, joli lac et beau musée. Puis nous prendrons la route des Météores. Superbe bivouac sur un piton, près d’une église, les Météores en fond de tableau. A pied d’œuvre assez tôt, visite de quatre monastères. Exceptionnel, mais beaucoup de monde sur les deux principaux.

Très belle petite route de Kastraki vers Arta, dont quelques kilomètres de piste et un effondrement de celle ci avant Mesochora, demi-tour et petite déviation acrobatique.

Bivouac après le barrage, pas sensass, en bord de route. Très beau pont ancien à Arta, grand frère tordu de celui de Benjë. Déjeuner à Preveza – nous regrettons les additions albanaises – puis baignade dans la baie. Jolie route vers Parga et bivouac sur une petite plage presque déserte. Baignade.

Visite du site ancien de Nechromanteio puis de Parga, joli village touristique, et déjà du monde. Repas sur le port, et route jusqu’à Igoumenitsa. Pas de possibilité de passage vers Ancône avant trois jours. Billet pour Bari demain soir en open deck avec Venturi Lines :

112 €.

En route vers le site de Dodone, à 60 kms. Bivouac au dessus du site, tranquille. Visite du site et retour sur Igoumenitsa en fin de matinée. Resto, pas mal. Plage l’après midi. Embarquement à 21 heures sur un presque rafiot. Mer agitée, traversée chahutée. Arrivée à Bari à 11 heures le lendemain.

Retour en trois jours avec un petit arrêt à Pise. Au total 6500 kms.

 

Albanie 5

Classé dans : Albanie 2011 — 10 octobre, 2011 @ 8:58

5° partie.

 

Nous reprenons notre chemin le lendemain matin, qui va rejoindre bientôt la vallée du Drin noir. Un étonnant cimetière musulman attire notre attention par ses stèles particulières comme surmontées d’une coiffe. Avant de plonger dans la vallée, le panorama est exceptionnel sur les massifs imposants de tous côtés. En contrebas, le lit de la rivière, et la rivière elle-même, est d’une couleur sombre, chargée d’argile gris.

Là encore, la route est attendue et sur les bords de la piste déjà élargie, de courageux maçons dressent des kilomètres de murs de soutènement. Certains, à peine terminés sont déjà fissurés sous la poussée constante des éboulements. Témoignage des travaux de l’ancienne piste, un bulldozer attend depuis plusieurs décennies une impossible réparation. Un âne disparaît sous une charge de foin considérable, un torrent fait grincer la roue en bois d’un moulin, les coquelicots envahissent les blés murs…

A quelque distance de Peshkopi, les ouvriers s’affèrent à goudronner la route que nous inaugurerons sur cinq ou six cent mètres.

Nous nous garons à l’entrée de la petite ville, tout proche de la Macédoine. Les échoppes se sont étalées sur les trottoirs et proposent leur quincaille, la farine et le ciment, la chaux, les fruits et légumes, les téléphones et les cd. Une grande avenue ombragée, interdite à la circulation, semble être la promenade favorite des habitants qui y déambulent nombreux et tranquilles, saluant au passage la statue de Skanderberg ou le siège du Parti Démokratic. Chez le boucher « mish » nous achetons de belles côtes d’agneau et deux magnifiques rognons de veau en prévision du repas du soir. Pour l’heure – 13 h – nous nous mettons à la recherche d’un « Byrekstore » histoire de gouter à ce célèbre plat local. Mais la plupart des byrekstores n’en proposent pas et il nous faut chercher longtemps pour en trouver un, qui lui, ne propose rien d’autre. Nous ne garderons pas un souvenir impérissable de ces premiers byreks, pâte feuilletée fourrée (plus ou moins) d’oignons, d’épinards, de fromage ou de viande. Mais nous voilà calés pour un moment. Et puis, le moment est sympa : Betty obtient son petit succès auprès des filles de la propriétaire, Maïté et Nicole sont l’objet d’embrassades émues ! A peine sommes nous sortis que nous sommes invités à boire le café par un homme qui nous avait croisé dans la matinée à bord d’un pick-up d’une ONG. Nous n’arriverons pas à savoir s’il travaille réellement pour l’ONG en question ou s’il a simplement acheté la voiture d’occasion.

Et nous revoilà sur la route, goudronnée mais tortueuse, sans indication de direction, hésitant à deux pas de la frontière, puis franchissant la rivière et nous engageant sur la piste en direction de Librazhd, malgré les hochements de têtes de ceux qui attendent le minibus et ne comprennent pas que nous passions par là. Très vite, nous ne comprenons pas très bien non plus ce que nous y faisons : la piste devient très mauvaise, étroite, cassante, frôle la Macédoine, monte et descend, s’aventure au plus près de la rivière, s’enfonce dans des futaies épaisses, contournent des casemates … Nous roulons deux heures, une vingtaine de kilomètres et atteignons un col qui ouvre sur un immense plateau herbeux, barré au loin par les sommets macédoniens. Un berger abandonne son troupeau de vaches pour nous indiquer le meilleur endroit pour bivouaquer. Nous buvons une bière en sa compagnie et dès qu’il a tourné le dos, nous redescendons en contrebas du col pour nous mettre à l’abri du vent. Pour les côtes d’agneau au feu de bois, c’est plus facile ! Il nous faut une bonne heure pour obtenir la braise nécessaire, après quoi, nous nous régalons.

Dans le soir qui descend, nous entendons plusieurs fortes explosions. Les hypothèses vont bon train, mais nous en arrivons à penser qu’on fait sauter des casemates, ce qui nous sera confirmé par la suite. Le fer est arrivé à un prix tel qu’il est rentable de le récupérer dans le béton des petits bunkers.

Deux camions de bucherons, chargés de bois de chauffage, descendent le col en faisant ronfler leur moteur, après une longue journée de labeur. Chauffeurs et passagers nous saluent gaiement.

La matinée commence gentiment par la traversée de ce grand plateau verdoyant. Surgis de nulle part, hommes et femmes s’affairent aux champs, toujours impeccablement entretenus. Nous croisons un minibus, des gens à dos de mulet. Un petit raidillon caillouteux nous fait sortir du plateau et plonger immédiatement sur un assez gros village aux toits de tôle rouge, et même bleu, blanc, rouge ! Sans doute en notre honneur ? Les parasols jaunes d’un bistro de campagne nous abritent du soleil pour un café fort honorable servi avec une cuillère plastique jetable … En face du café, un grand bâtiment communautaire de la période communiste est à l’abandon. Nous faisons le plein de nos réservoirs d’eau à l’abreuvoir du village et reprenons la piste, toujours sérieuse. Un troupeau de brebis pâture nonchalamment sur le coteau sous la surveillance de son berger et de trois énormes chiens qui se ruent sur nous en aboyant. Ils ne nous lâchent pas sur cinq cent mètres et nous sommes bien contents de ne pas être à pied.

Un panneau attire notre attention au sommet d’une montée : c’est l’annonce de l’entrée dans un parc national créé en 2008. Une épaisse forêt couvre les montagnes, refuge des loups et des ours, paradis des pécheurs de truite.

Un garde frontière s’ennuie ferme dans son poste surmonté du drapeau albanais et nous sommes l’occasion d’une distraction. Il nous donne quelques explications sur le parc, rejoint bientôt par un berger et son molosse très impressionné par Betty qui fait la fière. C’est pourtant un égorgeur de loup.

Les casemates ont beau surveiller la Macédoine proche, les moyens des douaniers semblent assez limités : la frontière doit être une véritable passoire.

Nous sortons de la forêt pour descendre dans une vallée qui s’élargit doucement, autorisant les potagers autour de quelques fermes sur le versant opposé. Le maïs occupe le fond de la vallée, au bord de la rivière. Au détour d’un virage, nous entrons dans un village – Klengë ? – encombré de camions et de fourgons pour le marché hebdomadaire. On se croirait sur un souk marocain. Nicole y renouvelle son stock de pinces à linges, Maïté y fait l’emplette de deux couteaux. Nous achetons de petites cafetières en fer blanc en guise de souvenirs et négocions un moment un lot de cinq magnifiques cloches de vaches anciennes : nous pensons que le chiffre annoncé comporte un zéro de trop, comme chez certains commerçants qui font encore leurs additions en anciens leks et nous faisons une proposition qui nous parait correcte. Rien à faire, la commerçante en demande un prix astronomique, quelque chose comme l’équivalent de trois cent euros ! Tant pis pour nos vaches pyrénéennes, elles ne feront pas sonner les cloches albanaises.

Nous investissons le restaurant local où nous échappons à un ragoût de chèvre qui a l’air bien coriace dans l’assiette des convives, sur la terrasse. On nous sert un délicieux foie de veau accompagné de frites, de salade, de fromage. Le tout arrosé de bonne bière albanaise. L’addition est sans doute touristique, de la part d’une jeune patronne au verbe haut et décidé. Qu’importe, nous avons très bien mangé, et le café est excellent.

L’après midi est déjà avancé quand nous repartons. La piste est encombrée des camions qui s’en retournent vers d’autres marchés. Sur les derniers kilomètres avant Librazhd, les travaux sont en cours pour préparer la route future qui désenclavera cette belle région à la fois si proche et si éloignée de Tirana. A Librazhd, nous ne sommes qu’à une vingtaine de kilomètres d’Elbasan près de laquelle nous sommes passés quelques jours plus tôt.

Sur la grande route qui file vers le lac d’Ohrid et la Macédoine Charles se fait rappeler à l’ordre par la police qui lui enjoint d’allumer ses feux de route, obligation albanaise que nous ne respectons pas. La CB m’évite la même injonction. C’est la seule route d’Albanie où nous rencontrerons beaucoup de camions en direction, ou venant de la Macédoine. Pendant que nous cherchons la « furre bukë » de Përrenjas pour acheter du pain, Charles et Maïté gagnent le petit village de pécheurs de Lin, construit sur une avancée de terre dans le lac. Nous les y rejoignons. Depuis la rue principale dont les habitants s’activent à tronçonner le bois qu’on vient de leur livrer, une multitude de petites ruelles rejoignent le bord du lac. La vigne est omniprésente et rafraichit de son ombre la cour de chaque maison. Les poules se promènent sur les pavés. Les enfants nous interpellent : « Bonjour, comment tu t’appelles ? »  phrase retenue du passage d’archéologues français qui ont participé aux fouilles de la chapelle byzantine. Deux gamines délurées nous y entraînent sur un mamelon qui domine le village et offre une vue splendide sur le lac, et nous font découvrir de belles mosaïques du VI° siècle, dissimulées sous une couche de sable.

Sur la route qui longe le grand lac, nous cherchons notre bivouac du soir, mais les restaurants, hôtels et complexes touristiques occupent la très étroite bande de terre, quand ce ne sont pas les zones marécageuses qui en interdisent l’accès. Au bord de la route, les pécheurs proposent d’énormes carpes pas vraiment appétissantes. D’ailleurs, ce soir, c’est rognons de veau flambés au Konjak ! Du coup, nous passons Progradec et bifurquons sur une petite route de montagne sympathique qui nous fournira, après une bonne dizaine de kilomètres, un bivouac acceptable malgré la présence de vilaines trémies de béton sur le site d’anciennes carrière. Une petite promenade digestive après les rognons nous assurera une nuit réparatrice.

 

 

 

Départ dans la matinée vers Korcë, ville importante ne serait ce que parce que l’on y brasse la fameuse bière Korça.

La circulation est relativement dense – surtout près de la gare routière et du marché avoisinant, avec son marché aux bananes, mais une fois de plus, nous gagnons le centre sans difficulté,  et nous garons à deux pas de la nouvelle cathédrale orthodoxe, impressionnante par sa taille et son architecture ainsi que par la décoration intérieure qui n’a rien a envier a celles des églises des siècles passés.

Dans le vieux quartier, derrière la cathédrale, nous tournons un bon moment à la recherche du musée archéologique devant lequel nous conduit finalement une dame bien serviable. Pas de chance, le musée est fermé, malgré le panneau qui indique son ouverture à ce jour et cette heure. Un petit creux nous tracasse que nous satisfaisons d’un « byrek » qui nous réconcilie avec cette spécialité locale. Nous prenons le chemin de la vieille mosquée Mirahori que nous découvrons entourée d’immeubles anciens, très dégradés, dans un quartier assez peu reluisant qui contraste fortement avec les larges avenues plantées de grands arbres et bordées de belles maisons et de bâtiments modernes. La mosquée de Korcë est la plus ancienne d’Albanie : le minaret détruit par un tremblement de terre en a été récemment restauré. Dans l’entrée, un groupe de frères musulmans, venus d’Algérie apporter leur soutien aux fidèles albanais, psalmodie des versets du Coran. Un iman albanais se détache du groupe pour nous accueillir, une coupe de bonbons tendue vers nous. Nous nous déchaussons pendant que Maïté et Nicole enfilent de longue djellabhas avant d’entrer dans la salle de prière. L’iman nous donne en anglais quelques explications. Nous souhaitons laisser notre petite obole pour participer à l’entretien des lieux, mais l’homme la refuse gentiment et nous invite à réfléchir sur la vanité de la vie ici-bas et à nous préparer à la vie éternelle.

A travers un quartier misérable, occupé principalement par des roms, nous gagnons un marché de plein air, dans le genre vide-greniers plutôt miteux. Un bistro misérable propose des boulettes de viandes – qofte – grillées sur un brasero, à même le trottoir. L’odeur nous met en appétit. La pluie menace. Nous revenons vers le centre et nous installons à la terrasse d’un café où fume aussi un brasero. Les clients se bousculent autour des « quofte » appétissantes et boivent des chopes de bonne bière en attendant leurs boulettes. Nous faisons de même et nous nous régalons pour trois fois rien.

La pluie redouble et nous ramène vers les voitures après un bon café dans un autre bistro. Avant de repartir, nous faisons quelques provisions dans une épicerie et achetons quatre belles côtes de veau- « vici » chez le boucher du coin.

Nous prenons la direction de Voskopojë à une quinzaine de kilomètres.  La route serpente dans la montagne bordée par endroits de champs envahis de fleurs sauvages, preuve que les pesticides et autres saletés sont moins utilisés que chez nous. Partout les abeilles butinent en grand nombre. Petit village aujourd’hui, Voskopojë était au 18° siècle une importante ville de 40000 habitants. Il en reste d’anciennes rues superbement pavées qui sortent du village actuel et rejoignent les cinq belles églises – dont certaines renferment de belles fresques- qui ont survécu au temps et à la période communiste. Les bâtiments communautaires eux aussi ont souffert : nombre de ruines défigurent par endroit ce lieu magnifique. Nous faisons une très longue promenade, d’une église à l’autre, d’un monastère abandonné à un clocher isolé. Les édifices sont malheureusement fermés et nous n’avons pas le courage, sous le soleil revenu, d’aller nous enquérir des clefs.

Nous cherchons avec Charles si nous pouvons continuer notre route sans revenir sur nos pas jusqu’à Korcë. La raison l’emporte sur l’aventure et nous reprenons la route.

Sur le chemin de Ersekë, un panneau indique Vithkuk et un secteur touristique. Après un petit col, nous descendons dans les sapins vers un joli lac. Au loin le cirque des montagnes culmine à 2400m. Un promontoire herbeux s’avance dans l’eau et constituera l’un des plus beaux bivouacs de notre voyage.

Les côtes de veau tiendront leur promesse, accompagnées d’un vin blanc albanais, «  vere ë bardhe », auquel nous nous sommes bien habitués.

 

 

 

 

En début de matinée, nous quittons les abords du lac en direction de Vithkuq. Nous avons longuement étudié la cartographie locale sur le GPS de Charles : il semble que l’on puisse faire une boucle pour revenir par les pistes jusqu’à Lubonjë et ça nous plairait bien. Nous traversons le village et nous arrêtons pour visiter la belle église St Michel, étonnement ouverte. Il ne reste pas grand-chose des décors intérieurs, mais la galerie qui court le long de l’édifice est parfaitement conservée. Nous faisons connaissance avec le responsable des lieux, qui vient d’arriver avec son cheval. Il vient se recueillir sur la tombe de son père, ancien pope de la paroisse.

La piste commence dès l’église passée. Assez bonne d’abord elle s’élève rapidement au dessus de ravins profonds traversant alternativement des parties boisées et des pentes semées de rochers et de végétation basse. Moutons et chèvres y paissent à loisir. Sur les replats herbeux de petits ruisseaux coulent tranquillement et la piste se divise, pour éviter les ornières les plus profondes. Une maison en construction nous étonne, tellement isolée. Des chevaux bâtés s’ennuient dans un champ. Plus loin nous laissons à notre droite un village qui surplombe une mare de boue : il nous faut bien traverser. Le GPS indique une piste sur la gauche mais son état est tel que nous continuons tout droit, espérant reprendre ensuite la bonne direction. La montée se fait plus rude  et les passages de boue plus nombreux et plus profonds, entrecoupés d’escaliers de caillasse. Nous progressons très lentement. Nous sommes à la limite de nos engins trop lourds, trop longs, trop bas. Et nous ne sommes pas dans la bonne direction ! Tant pis, nous renonçons, déçus mais raisonnables.

La descente n’est pas non plus si facile et nous ne sommes pas mécontents d’être de retour à Vithkuq à l’heure du repas. Au restaurant du village, nous commandons des truites que le propriétaire pêche dans le vivier sous nos yeux. Il prend soin d’attraper les plus grosses puisqu’il établira son addition au poids. A quatre, nous dégusterons 2,7 kg de truite. La plus grosse mesure 38 cm ! Salade, frites et fromage sont l’accompagnement habituel. Le vin blanc s’impose encore : « riesling » ?

Une petite sieste nous semble nécessaire et nous repartons en direction du lac pour nous y reposer. Un panneau indique le monastère St Pierre et Paul et nous renonçons à la sieste. Sur la petite piste qui nous y conduit s’ouvrent les gueules noires de plusieurs bunkers creusés dans la montagne. A la faible lueur d’une lampe de poche nous les explorons. Derrière l’étroite entrée maçonnée s’ouvre une grande salle de 10m x 30m, haute de plafond. Sans doute y entreposait-on des armes et des munitions.

La piste monte raide en courts lacets vers le sommet d’un piton rocheux couronné d’oliviers qui dissimule le très joli petit monastère. De belles fresques tapissent entièrement les murs et le plafond du porche extérieur de l’église. A travers le carreau cassé d’une fenêtre, nous distinguons quelques icones et le mobilier sacerdotal. Les bâtiments conventuels sont en ruine autour de l’édifice et bizarrement, la cloche est pendue à la grosse branche d’un olivier.

Un berger mène son troupeau de grandes chèvres (angora ?) à la longue laine peignée du matin. Le jeune homme n’aura pas un regard à notre encontre.

Une courte pose au bord du lac nous permet de boire un petit café avant de continuer notre périple vers Ersekë. Charles roule depuis déjà un moment sur sa réserve de gazole. Il y a des stations partout en Albanie, et du coup, nous n’avons pas rempli nos jerricans supplémen-

taires. Revenus sur la grande route nous pensons trouver une station très vite, mais nous traversons plusieurs villages qui en sont dépourvus. Nous arrivons enfin à Ersekë, sous la pluie et trouvons une station : Charles n’a plus que cinq litres dans son réservoir. Le plein fait, le voici de nouveau plus bavard sur la CB…

De l’autre côté de la frontière proche, c’est maintenant la Grèce et les nombreuses casemates témoignent de cette proximité. La route est très sinueuse dans la montagne, s’élève vers un col d’altitude d’où se dévoile dans le lointain la formidable barrière des monts Dhëmbel qui barrent l’horizon, et le passage, sur 50 kms.

Nous plongeons vers la vallée, dans une noire forêt de sapins, à la recherche dorénavant, de notre bivouac du soir. Dans la descente, un hôtel important, une auberge sympathique plus loin, offrent leurs services à de rares voyageurs. Nous optons pour un petit chemin qui s’enfonce dans le bois et la pluie au bord d’un petit lac.

Une fois installé je vais me dégourdir les jambes dans les environs : vingt minutes après, je suis de retour avec un bon kilo et demi de magnifiques girolles. Malgré la pluie, elles sont fermes et délicieuses et sont une sympathique surprise pour clore cette journée.

 

 

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Classé dans : Albums photos — 10 octobre, 2011 @ 8:39
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Classé dans : Albanie 2011 — 10 octobre, 2011 @ 8:08

Quatrième partie :

 

 

Au matin, alors que nous allons partir, le bruit d’un moteur de camion se fait entendre, au dessus de nous. Pour ne pas risquer un croisement difficile, nous attendons le passage du camion, que l’on entend, grinçant dans la descente. Après un quart d’heure, Charles s’impatiente et s’engage dans la montée. J’attends tranquillement, imaginant Charles obligé à reculer. Mais après un quart d’heure supplémentaire, le camion n’est toujours pas passé. Je me décide à prendre la piste ? Après quelques centaines de mètres, je trouve l’explication à la disparition du camion : un embranchement, une piste que le camion a suivie ! Après une bonne grimpette, j’arrive au col où nous attend Charles, goguenard.

Si la montée du col, d’ailleurs, est assez corsée,  la descente, pour ce qu’on en aperçoit de là haut, n’a pas l’air mal non plus. Le bord de la piste est parfois effondré, et Charles, devant, roule prudemment. Mais nous croisons un camion, à la montée, donc ça passe. Je m’arrête un instant pour vérifier la fixation de mon échelle qui fait du bruit sur cette piste cabossée.

Dans la vallée, et sur les premiers coteaux, là encore, des maisons isolés, de petits hameaux à des heures de mauvaise piste de la première ville. Mais l’électricité arrive jusque dans la plus simple des granges, témoin de l’ancien régime communiste qui avait quelques qualités. Au bord du chemin, un petit groupe attend le fourgon Mercedes : où vont-ils, d’où viennent-ils ? Nous venons de passer le village de Kir, signalé sur la carte, sans même le voir, sinon deux ou trois granges disséminées. Nous croisons le fourgon, un peu plus loin, dont le chauffeur dépose quelques paquets au départ d’un petit sentier : nous apercevons une maison perchée dans la montagne. A peine croisé ce véhicule bondé, nous rencontrons la plaque commémorative de l’accident d’un de ses semblables qui précipita une dizaine de passagers dans le ravin profond.

La piste entre maintenant dans une longue gorge. Nous y pénétrons sous le regard d’acier d’un aigle qui plane au dessus de nous. Mon échelle cliquète encore, pourtant, elle est bien fixée, mais je préfère le vérifier encore, me souvenant en avoir perdu une en pays Dogon l’année dernière.

Une passerelle franchit le torrent au pied d’une piste – un sentier ? – qui dessert un village coupé du monde. Nous continuons en direction de Prëkal.

Le bruit de l’échelle se fait plus net. Nouvel arrêt. En fait d’échelle, c’est une demi-lame de renfort de suspension qui vient de se transformer en deux quarts de lame et qui bat la cadence pendue à son étrier qui s’est déplacé. Charles nous attend sur une petite plateforme bienvenue dont l’herbe tendre facilite le démontage de l’objet du délit et de sa jumelle devenue inutile.

Voilà qui ne nous permettra pas de faire des pointes de vitesse sur les pistes cassantes qui nous attendent. Pour être honnête, je reconnais que je n’ai pas vraiment senti la différence pendant la suite du voyage ! Sur mon GPS, je marque un waypoint « Requiem demi-lame » pour que tout un chacun, voyageant dans ces contrées, puisse avoir une pensée émue à l’égard de ses glorieux prédécesseurs.

Nous profitons de l’incident pour déjeuner.

La piste descend vers la rivière, la gorge s’élargit peu à peu, de très jolies maisons aux toits de bardeaux accrochent leurs tonnelles  ombragées au dessus de l’eau, et tout autour les petits potagers découpent leurs carrés à rayures sur les premières pentes. Des canaux de ciment conduisent la promenade d’une eau limpide vers le moulin ou les parcelles de maïs.

Bientôt la piste est coupée au niveau d’un village – Prëkal ? – par de gros engins de chantier et les camions qui font la navette et déversent près de l’eau les tonnes de rocher que les pelleteuses arrachent à la montagne. Le propriétaire du café où nous buvons un coup s’en félicite : la plateforme ainsi créée permettra l’extension de son établissement et la route en construction déversera devant chez lui des clients assoiffés et affamés. Nous repartons après une demi-heure.

Pour l’instant, on n’en est qu’à l’élargissement de la piste. Plus loin, une fois la rivière traversée nous sommes de nouveau stoppés : les ouvriers s’affèrent à monter les coffrages de bois que les toupies remplissent de dizaines de tonnes de béton. Nous attendons encore un moment. Les maisons anciennes font peu à peu la place aux habitations neuves aux couleurs acidulées. Nous passons Drisht. Le pont antique de Mes, à deux pas de Skodër, annonce le retour à l’urbanisation. Nous faisons quelques courses dans un «  market ».

Charles et Maïté vont nous précéder sur la route du lac de Koman pendant que nous faisons un saut à Skodër.

Nous entrons dans la ville beaucoup plus facilement que trois jours plus tôt : la sieste se prolonge par ces chaleurs. Nous nous garons facilement et visitons le centre de la ville, assez agréable, mélange de beaux bâtiments anciens bien entretenus, d’immeubles modernes aux couleurs pétardes, et de maison basses et décrépites plus ou moins abandonnées. De grandes avenues sillonnent et aèrent la ville. Le muezzin appelle à la prière du haut du minaret de la grande et récente mosquée qui se partage le ciel de la ville avec le clocher de la cathédrale catholique et les dômes de l’église orthodoxe.

Un distributeur automatique  nous délivre gentiment quelques billets albanais, une fonctionnaire qui regarde la télé derrière un guichet désert de la poste centrale nous fait longuement attendre son collègue, habilité à nous vendre une demie douzaine de timbres, un épicier totalise à la main le montant de nos achats avant de vérifier sur sa calculette la justesse de son calcul … Il est temps de reprendre la route.

Très vite après Qyrsaç nous atteignons la rive d’un premier lac de barrage au bord duquel Charles et Maïté nous ont attendus. Les montagnes se reflètent dans les eaux sombres de la fin de journée et de légères écharpes de brume s’accrochent à la rive. La route en lacets, souvent encombrée de gros rochers emportés par les pluies des dernières nuits, nous semble longue après ces dures journées de piste. Au bout du lac, nous arrivons à Koman, petite bourgade au pied d’un haut barrage qui retient les eaux du lac auquel elle a donné son nom.  Nous traversons le village et la rivière pour emprunter, malgré l’heure, le tunnel qui nous conduit au bord du lac, prêt à embarquer demain matin sur le ferry qui nous conduira à Fierzé.

Un restaurant heureusement situé nous permet de manger qui des biftecks (côtes de porc), qui d’excellents poissons du lac, sous l’œil éteint d’un ours empaillé. Pendant que nous nous restaurons, des ruches bleues sont déchargées d’un camion et embarquées avec précaution sur une barque qui les emportera vers un village, quelque part sur les rives du lac.

Nous bivouaquons sur l’embarcadère, au sommet du barrage, entourés de hautes montagnes et des silhouettes fantomatiques d’anciens belvédères de béton que la lune détoure en sinistres ombres chinoises.

 

Au réveil, l’activité bat son plein. Taxis et fourgons déversent les voyageurs qui vont embarquer sur le ferry, et attendent à vide ceux qui vont en débarquer. Une grande barque à moteur accoste chargée d’un troupeau de chèvres, d’une vache et de trois veaux.  Les animaux sont transférés sans ménagement dans deux barques plus petites où ils attendront d’être vendus. Les voitures et les camions se massent en désordre sur le quai trop petit. Bientôt, un premier bateau dépose ses passagers qui s’entassent immédiatement dans les minibus ou les taxis qui se fraient un passage à coup de klaxons et s’engouffrent dans le tunnel. La scène se répète à l’arrivée du vieux ferry. Nous embarquons pour 3500 leks (25 euros) par équipage et gagnons le pont supérieur d’où nous pourrons au mieux profiter de la croisière. Une moitié des passagers est constituée d’albanais, l’autre de touristes italiens, allemands, français à bord de voitures de locations.

Un albanais au français parfait et sans accent, ancien agent commercial en Algérie, professeur à la retraite engage la conversation. A l’opposé de certains albanais qui nous ont fait comprendre leur rancœur à l’endroit de l’ancien régime communiste, cet intellectuel, sans regretter franchement le passé, en souligne les avantages : logement gratuit, enseignement et santé pour tous, emploi garanti, absence de stress … bien sûr, pas de liberté de parole, activités religieuses prohibées, parti unique. Mais aujourd’hui, à quoi sert la liberté retrouvée si la vie est plus difficile qu’autrefois, si 15% de la population est au chômage (chiffre officiel !) si l’argent sert à construire plus de mosquées et d’églises que d’écoles et d’hôpitaux ?

Dès le dernier camion embarqué, lourdement chargé de ciment et de fer à béton, le ferry appareille lentement et s’avance sur le lac de barrage. Le drapeau albanais frappé de l’aigle à deux têtes flotte à la proue du navire qui s’enfonce dans la vallée inondée. Les plissements de la roche disparaissent en atteignant les eaux vertes et les deux hautes rives se rapprochent jusqu’à former une étroite gorge fendue par endroit de ravins adjacents où dégringolent d’abondantes cascades. Plus loin, une rivière sombre déverse des eaux boueuses et grises qui se mélangent difficilement à celles du lac. Quelques fermes, de loin en loin, disposent de petits embarcadères qui sont leurs seuls liens avec le reste du monde. Ni route, ni piste ne les desservent. La pente est telle que les cultures n’occupent que de rares et petites terrasses. Des enfants nous font bonjour de la main : le ferry est sans doute la seule distraction de la journée.

Après deux heures et demie de navigation, le voyage s’achève sur une berge de terre seulement équipée de deux bittes d’amarrage. La passerelle de métal s’appuie sur de simples rondins de bois, disposés à la demande. A quelques mètres, un deuxième ferry attend patiemment les démolisseurs.

Nous débarquons à la queue leu-leu sur une piste poussiéreuse jusqu’à Fierzë aux abords de laquelle s’éparpille la colonne de véhicules.

Nous déjeunons sur un terre-plein près de la rivière, aux pieds des grandes carrières qui ont fourni les matériaux pour la construction du barrage de Fierzë dont le lac s’étend jusqu’à Kukës. Après quoi, nous traversons Bajram Curri et nous engageons sur la route de la vallée de Valbonë, large piste promise à un goudron prochain. La rivière Valbonës roule en contrebas les eaux turquoise de la fonte des hauts glaciers et dévaste par endroit les travaux de consolidation de la route, se moquant des ouvrages de béton qu’elle emporte. Le fond de la vallée est un immense cirque entouré de sommets de 2600 m. Les hêtres et les pins occupent les pentes jusqu’au rocher vertical qui s’en dégage.

De nombreuses auberges attendent sous les arbres les albanais en villégiature. Aujourd’hui, un mariage se prépare et les voitures arrivent nombreuses. Nous traversons le village et dépassons le dernier établissement. Il n’y a plus vraiment de piste et nous roulons sur les gros galets du lit élargi du torrent. Nous renonçons après quelques centaines de mètres et continuons à pied.

Nous progressons longtemps dans les cailloux jusqu’au confluent d’une vallée secondaire. Une piste s’élève dans un petit bois et conduit vers un hameau de maisons traditionnelles aux tuiles de bois. De petits potagers soignés signalent les fermes occupées. Nous dérangeons un paysan qui cherche à ramener un taurillon amoureux, puis nous faisons barrage à l’animal et le remettons, très provisoirement dans le bon chemin. Mais la bête repart vers sa belle et l’homme préfère nous accompagner, Charles et moi, un moment. Les dames repartent vers les cellules préparer la pâte des crêpes que Nicole nous promet depuis plusieurs jours.

Le village existe depuis deux cent ans. Il n’y demeure que cinq familles : l’émigration vers la Grèce, l’Allemagne, a fait des ravages depuis la chute du régime communiste. L’après-midi touche à sa fin et nous déclinons l’invitation à boire le raki.

Revenus sur nos pas, nous trouvons un emplacement de rêve dans ce paysage fabuleux pour un bivouac gastronomique autour des fameuses crêpes.

Nous sommes le 12 juin. Malheureusement, le temps reste maussade ce matin et les sommets sont habillés de nuages. Nous repartons en direction de Bajram Curri. Au sortir de la vallée de Valbonë nous rencontrons les allemands déjà croisés à Teth et leur véhicule Bremach, maintenant rejoint pas un confrère, encore plus gros.

A Bajram Curri, nous faisons des courses au marché qui se tient le long d’une belle avenue qui grimpe vers le centre dans l’odeur entêtante des tilleuls.. Des pick-up passent en klaxonnant chargés de jeunes hommes et de tambours, les premiers tapant avec entrain sur les seconds. Les drapeaux albanais flottent au vent. Accompagnent ils le mariage qui remonte aussi la rue, puis la redescend, dans un cortège de Mercedes  décorées, jetant des cigarettes par les fenêtres ? Rien en tout cas ne trouble les joueurs de dominos, autour d’une table sur le trottoir. Plus loin, une jeune fille nous interpelle d’un «  Bonjour, vous êtes français ? ».  Elle a appris l’anglais et le français à l’école, l’italien à la télévision, et se débrouille en allemand !

Nous prenons vers l’est une petite route qui sort de Bajram Curri, contournant les vaches couchées tranquillement au beau milieu de la chaussée. La rivière franchie, nous piquons au sud, abandonnant la route qui mène au Kosovo à une vingtaine de kilomètres. La piste s’élève rapidement vers le col de Luzhës. Malgré les lourds nuages qui défilent dans le ciel, la vue d’étend au loin sur de très nombreux villages de part et d’autre de la frontière. Le col redescendu, nous nous arrêtons après un village pour déjeuner. La pluie nous surprend pendant le repas et nous oblige à nous réfugier dans notre cellule, à quatre d’abord, puis à cinq, car un solide gaillard de vingt ans, trempé par la pluie violente, abandonne son motoculteur et s’installe sans façon, et sans autorisation, avec nous. Amusés, nous partageons un café et quelques biscuits en attendant une accalmie.

La piste, parfois la route en construction, parfois la route déjà bitumée se promène dans la montagne, contournant de loin l’immense lac de Fierzë que l’on aperçoit en une ou deux occasions. A Krumë, triste bourgade sous la bruine, nous faisons le plein de gazole. Sous le grand pont moderne qui permet d’arriver à Kukës un immense filet de pêche est suspendu. Autour de la ville de nombreux viaducs dressent leurs hauts piliers sur lesquels s’appuie l’autoroute en construction qui doit relier Tirana à Pristina la capitale kosovarde.

Nous cherchons un bon moment avant de trouver le « furre bukë » où nous achetons du pain. Puis nous allons boire une bonne bière à la terrasse d’un café. Sur le trottoir d’en face, un fauteuil de barbier signale la boutique du coiffeur «  berber » au pied de l’immeuble voisin.

Nous sommes revenus en terre musulmane, comme en témoigne les mosquées qui dominent les villages sur la route, puis la piste, en direction de Peshkopi. Et c’est le seul moment du voyage où nous ne nous sentirons pas les bienvenus. Dans un village où je me trompe manifestement de route, on nous laisse nous fourvoyer en rigolant et quelques centaines de mètres plus loin, un jeune homme répond à mon bonjour par un majeur dressé vers le ciel.

Plus loin, alors que nous roulons doucement à la recherche d’un point de bivouac pas évident dans la montagne, un groupe de pré-ados tentent d’arraisonner Charles et me barrent carrément le passage pour nous demander des euros. Notre refus nous vaut quelques cailloux et des noms d’oiseaux. Il y a des claques qui se perdent ! Dommage, car il y avait à cet endroit un bivouac idéal.

Nous trouvons enfin à nous poser devant l’école de Skavicë. Le couple de paysan qui désherbe le champ de maïs voisin n’y voit pas d’inconvénient. Son travail terminé, l’homme viendra nous faire la conversation, insistant sur la difficulté à vivre au bord d’une mauvaise piste, inconvénient que ne compense pas la l’extraordinaire beauté de l’environnement. Une source d’eau limpide qui coule à côté de l’école nous permet de faire le plein de nos réservoirs. Des gamins s’approcheront timidement de nous, un jeune sur son mulet nous observera longtemps.

 

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Classé dans : Albums photos — 6 octobre, 2011 @ 6:58
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Albanie 3

Classé dans : Albanie 2011 — 6 octobre, 2011 @ 6:22

3° partie

 

Ce 7 juin, nous nous remettons en quête de la piste qui doit nous conduire au parc de Dajti. Nous arrêtons un fourgon mercedes : en nous aidant de la carte, nous demandons notre route au chauffeur qui met à contribution les personnes qu’il transporte : les avis sont partagés. Nous trouvons un départ de piste derrière la mosquée, qui semble être la bonne. Ca grimpe dur jusqu’ à un village et une bifurcation que nous empruntons après interview d’un villageois. Le GPS indique le parc à proximité. Nous nous fourvoyons encore, demandons de nouveau notre chemin, et pour finir, tombons sur la route goudronnée qui monte de Tirana vers le parc. Va pour la route ! Belle d’ailleurs, qui monte en lacets dans la forêt, offrant parfois un large panorama sur la capitale. A une barrière, nous réglons le prix d’entrée au parc et poursuivons jusqu’à une nouvelle barrière, militaire cette fois, on ne passe pas. Demi-tour, ( on est maintenant habitués) , embranchement, et nous arrivons sur une grande esplanade où aboutit le téléphérique qui déverse le dimanche, les promeneurs venus de Tirana. Aujourd’hui, pas un chat… mais des molosses de 100 kilos, heureusement enfermés dans leurs cages, qui nous font frémir par leurs aboiements ! La vue est superbe sur la capitale et ses environs. Le parc, quant à lui, nous semble bien impénétrable, sauf aux randonneurs avertis.

Nous reprenons la route en direction d’un restaurant que nous avons repéré à la montée : un agneau entier tournait sur une broche sous un appentis au bord de la route. Salade, tomates, frites, fromage et donc de succulents morceaux d’agneau. Nous avons de la peine à finir les plats tellement copieux. Le tout arrosé d’une bonne bière albanaise Korça. Pour finir, un plein compotier de délicieuses cerises à peine cueillies. L’addition est légère, légère …

Il faut maintenant traverser Tirana pour prendre la route du nord. Charles adopte un comportement albanais sous la direction de son GPS et zigzague dans la banlieue sans presque hésiter. A ma grande surprise, nous rejoignons tout de même la 4 voies à la sortie de la ville.

Nous nous séparons à l’embranchement qui mène à Krujë que nous allons visiter tandis que Maïté et Charles roulent vers Shengjin où nous nous retrouverons.

Krujë est une petite ville accrochée à la falaise et dominée par son ancienne forteresse. Pour la première fois, nous devons payer le parking, à un tarif prohibitif ! Nous gagnons le bazar constitué d’une unique rue pavée bordée de jolies échoppes en bois qui ont fait l’objet d’une restauration soignée. L’ensemble est un peu artificiel d’autant que les boutiques de ce bazar sont destinées aux seuls touristes. La production d’articles artisanaux et touristiques est très limitée : drapeaux et tee-shirts frappés de l’aigle albanais, bonnets de laine au crochet, coiffes de feutre, reproduction de casemates à la fonction de cendrier, nappes brodées … L’intérêt du bazar réside dans les objets et costumes anciens que l’ont peut y rencontrer. Nous visitons plusieurs boutiques : les commerçants ne sont pas avares de commentaires et nous font gentiment découvrir leurs trésors. Nous nous amusons beaucoup chez un brocanteur qui vend un tas de choses en rapport avec l’ancien régime et nous finissons, après une longue négociation, par lui acheter une casquette militaire rehaussée d’une étoile rouge qui fera la joie d’un de nos amis que nous soupçonnons d’avoir autrefois fait partie des amitiés franco-albanaises.

Dans l’enceinte de la forteresse, nous visitons le musée ethnographique, installé dans une vieille et magnifique maison ottomane. Nous nous faisons une bonne idée sur le mode de vie d’une famille aisée (très) aux XVIII° et XIX° siècles. Au rez-de-chaussée ont étés regroupés les témoignages de la vie paysanne et artisanale de l’époque. A l’étage, le salon des hommes richement décoré rivalise avec celui des femmes, plus intime, tourné vers les activités du foyer. La cuisine, imposante occupe une position centrale et les murs blancs du hammam sont doucement éclairés par de délicates ouvertures dans la coupole. La visite, pour nous, se fait en espagnol et c’est très agréable pour moi, d’entendre Nicole et le jeune guide bavarder en castillan.

De Krujë, nous gagnons Shëngjin, petit port et station balnéaire aux immeubles colorés qui profite d’une longue plage de sable fin. Nous y retrouvons Charles et Maïté pour un dernier bivouac en bord de mer et une dernière baignade avant les alpes albanaises.

 

L’autoroute nous conduit à Skodër, grosse ville du nord de l’Albanie. Nous ne faisons qu’un arrêt rapide pour changer de l’argent dans une banque et nous nous dégageons sans trop de mal d’une circulation délicate. La quatre voies ne va pas au-delà de Skodër et nous roulons jusqu’à Koplik sur une route en construction, dans la poussière des camions. Nous empruntons inutilement un bout de piste puis retombons sur la route qui s’enfonce dans la vallée en direction du parc national de Teth. Passés les deux premiers villages, la route se heurte au majestueux cirque montagneux et devient une piste caillouteuse et sinueuse qui part à l’assaut d’un col à 1750m d’altitude. Les sommets, autour de nous culminent à 2600m, rochers impressionnants et inaccessibles. La forêt de hêtres recouvre les pentes aux deux tiers. Sur ce versant, les rivières sont totalement à sec. Les virages serrés se succèdent et se signalent plusieurs fois par de petits monuments funéraires : les conducteurs albanais payent un lourd tribu à un réseau de pistes dangereuses, nous le constaterons tout au long du voyage.

Nos pick-up grimpent vaillamment malgré le poids des cellules.

Passé le col, la piste devient encore plus étroite et franchement aérienne. Elle cherche longuement son chemin en altitude au dessus du précipice découvrant au loin, tout en bas, la vallée de Teth. Aucun d’entre nous ne livre sa sourde inquiétude : pourvu que personne n’arrive dans l’autre sens ! En fait, sur tout le parcours, nous ne croiserons aucun véhicule. Nous plongeons enfin vers la vallée, mais la descente est longue et nous roulons à très petite vitesse. Au fur et à mesure de notre progression, l’eau se fait plus abondante en de petits torrents qui dévalent les pentes.

Un magnifique chalet de bois en construction signale l’arrivée dans la vallée. Le trajet nous a pris environ trois heures. Nous sommes étonnés du nombre de maisons, regroupées en plusieurs hameaux, entourés de petites parcelles cultivées. Les palissades sont de bois courbés et entrelacés. Les tuiles de bardeaux argentées des bâtisses  les plus anciennes jouent avec les derniers rayons du soleil. Les plus récentes sont couvertes d’un bac acier au rouge généreux. Plusieurs d’entre elles se signalent comme « guest-house » indiquant le nombre de lits disponibles, de douches et toilettes, ainsi que la possibilité de se restaurer. Nous franchissons un petit gué et nous éloignons des habitations à la recherche d’un bivouac tranquille, mais la vallée se resserre le long d’un torrent aux eaux turquoises furieuses. Nous sommes contraints au « kampig », vague emplacement sur le terrain d’une vague « guest-house » au-delà d’un très étroit pont de bois. Il nous en coutera 500 leks par équipage, mais la douche et les toilettes sont correctes, nous rassure la copilote allemande d’un Bremach qui occupe déjà les lieux. Des motards tchèques campent un peu plus loin. Comme bien souvent, c’est un gamin de douze ans qui nous accueille et nous sert d’interprète : son anglais scolaire n’excède pas le mien, scolaire aussi, mais plus ancien.

 Nous découvrons les environs immédiats, dont un très joli moulin a eau en activité. Les nuages se sont peu à peu installés, la pluie n’est pas loin, l’air devient plus frais. Nous nous installons néanmoins à l’extérieur pour diner. La fatigue de la journée nous tombe dessus, et comme souvent, nous nous couchons de bonne heure. La pluie tambourine sur le toit de nos cellules, sans troubler nos rêves.

 

Je n’ai même pas entendu partir le bremach des allemands. Comme il nous l’on dit la veille, sans doute sont ils partis sur la piste sud qui mène elle aussi à Skodër, moins aérienne, mais beaucoup plus longue que celle que nous avons prise à l’aller.

Avec Nicole, nous rejoignons Charles et Maïté  qui ont été plus matinaux et découvrent déjà la vallée. Une école massive dresse sa façade lie-de-vin à quelques pas du lit élargi du torrent. Une violente crue en a, sans doute récemment, emporté les berges, roulant de gros cailloux aux portes des maisons, emportant le petit canal d’un deuxième moulin, recouvrant la piste. Mais déjà, les habitants ont replantés de jeunes arbres pour stabiliser la berge. Une auberge jouxte l’école, plus avenante que les « guest-house ».Une jeune femme rinçe son linge à la rivière et le met à sécher sur une haie. Elle nous salue gentiment pendant que sa fille s’amuse de Betty, la petite chienne qui plait tant aux albanais. Une vielle dame vêtue de noir, fichu blanc sur la tête, ne lève même pas le nez à notre passage, penchée sur son carré de pommes de terre. Nous déclinons l’invitation – intéressée sans doute- d’un jeune homme à visiter la maison – traditionnelle – de sa famille. La belle église au toit de bois se révèle très récente, sans doute bâtie sur l’emplacement d’un vieil édifice détruit sous le régime communiste.

Un peu à l’écart du village se dresse une tour fermée bien conservée : s’y réfugiaient autrefois les membres de la famille poursuivis par la « vendetta », vivant au deuxième étage après avoir retiré les échelles qui leur permettaient d’y accéder. A travers d’étroites meurtrières, ils pouvaient surveiller les alentours et tirer sur les éventuels assaillants.

Le jeune propriétaire vit à coté de la tour, avec sa femme et ses trois filles. Il tient également commerce de limonade. Nous buvons un café épais et avons droit à un véritable récital de … feuille ! Nous avons tous, enfant, sifflé une note ou deux à l’aide d’une simple feuille de roseau prise entre nos deux pouces joints. Là, tenant une feuille ronde tendue horizontalement entre ses lèvres, ce sont de véritables morceaux de musique albanaise qui nous furent offerts avec le café.

Nous rencontrons sur le chemin du retour, un jeune et bel albanais qui nous salue dans un français parfait. Il se dit homme d’affaires, vit en France, voyage dans le monde entier et accompagne à Teth une ONG qui distribue des ruches aux agriculteurs, à la condition que ceux-ci, le temps venu, donnent à d’autres les nouveaux essaims. Il est très optimiste sur l’avenir de l’Albanie et fait sans doute partie de ceux qui bénéficient à plein du boom économique.

De retour au « kampig » nous expliquons au tenancier que nous souhaitons faire honneur à sa table et que nous aimerions manger des truites. Il n’en a pas, mais passe un coup de fil et nous indique qu’a 20mn de piste, près de la centrale électrique, un garçon nous attendra pour nous conduire au restaurant où l’on nous en servira ! OK, puisque c’est la piste, vers le sud, que nous comptons prendre. Nous réglons le « kampig » et nous levons le camp, direction, le resto.

Nous cahotons sur la piste défoncée qui longe le torrent, frôle une cascade et s’enfonce dans le canyon.

Au détour d’un virage, sortant du bois, un groupe d’hommes – brigands albanais, mafieux internationaux, détrousseurs de bourses ou trousseurs de jolies touristes ? – huit hommes presque endimanchés, nous font signe de stopper et nous barrent la route !

Nous déduisons de leur gesticulation que le véhicule qui les transporte est arrêté après le virage, l’une des passagères, enceinte, a été prise d’un malaise. Elle s’en va manifestement vers l’hôpital de Skodër pour accoucher et une ambulance doit venir la chercher : à Teth ? au col ? plus loin ? Nous n’en saurons pas plus.

En attendant, il faut reculer pour se croiser quand ils pourront repartir. Je recule et trouve un emplacement qui devrait convenir, la roue au bord du ravin. Charles recule plus longuement, d’autant qu’au moment où il trouve lui aussi un emplacement, un second fourgon, à la descente celui-ci, le double et le force à reculer de nouveau pour se mettre à sa place : allez discuter avec un conducteur albanais ! Finalement, Charles se case à nouveau, très juste, grimpé en travers sur le talus. Quand enfin la parturiente a repris ses esprits, ça passe, très juste, mais ça passe. Nos truites auront attendu 30 minutes supplémentaires, et la faim nous tenaille.

Un garçon se tient au bord e la piste, près de la petite centrale électrique. Il n’est pas là pour nous attendre, mais nous indique le chemin du resto. Evidemment, nous nous égarons rapidemment et, mort de faim, décidons de pique-niquer sur place. Le garçon nous rejoint : oui, oui, c’est bien lui qui nous attendait ! Le restaurant n’est pas loin. En fait de restaurant, nous arrivons dans sa famille, probablement parente du propriétaire du « kampig ». Nous sommes attendus dans une jolie petite maison, modeste et bien tenue. Nous passons à table dans une salle au mobilier très simple dans un décor kitch de tapisserie religieuse et de broderie patriotique, pour un excellent repas, bien que la truite ne soit pas très grosse. Toute une famille vit là dans ce hameau isolé. Les enfants sont en vacances et Christian mobilise tout son anglais pour s’occuper de nous. Pendant l’année scolaire, les plus grands sont pensionnaires à Skodër. Le potager et les quelques cultures doivent assurer une quasi autarcie avec quelques poules , une ou deux vaches et un petit troupeau de chèvres et de moutons. Les touristes de passage sont sans doute une aubaine, bien que l’addition soit encore une fois très raisonnable. Nous quittons Ndërlysë.

La piste occupe de nouveau toute notre attention et nous longeons un moment le torrent avant de nous élever dans un splendide paysage découvrant à chaque virage des versants boisés, une ferme isolée entourée de trois champs pentus, la gorge rétrécie de la rivière, une légère passerelle de bois, une chapelle entourée des importants bâtiments d’une congrégation religieuse, un moulin, des ruches colorées en bord de pistes, un village qui dispose de 75 mètres de route goudronnée, un petit gué … Aucune difficulté de franchissement, mais la piste est souvent cassante et met nos engins à rude épreuve. Nous ne rencontrons pas de difficulté de navigation.

L’après midi tire à sa fin et nous décidons de nous arrêter en contrebas d’un col alors que les nuages que nous avions laissés derrière nous s’agglutinent autour des sommets. Il pleuvra encore cette nuit. Un bel espace herbu accueille notre bivouac devant un ancien restaurant ( ?) abandonné qui semble promettre des sushis ! L’eau coule librement dans le bâtiment vidé de toutes ses installations et privé de ses robinets.

Faute de sushis, Maïté et Nicole nous préparent un diner bien mérité, pendant que Charles se fait un copain parmi les chevaux qui paissent tranquillement près de nous.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photos Albanie 2

Classé dans : Albums photos — 6 octobre, 2011 @ 6:12

Les photos de cet album correspondent chronologiquement à la partie récit Albanie 2.

Albanie 2
Album : Albanie 2

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Albanie 2

Classé dans : Albanie 2011 — 6 octobre, 2011 @ 5:23

 

2° partie.

 

Il faut marcher longtemps vers le large avant de pouvoir se baigner dans 80 cms d’eau.  Maïté et Charles font un petit footing jusqu’à la pointe nord de la baie.

Revenus à Vlorë, nous roulons pour la première fois sur l’autoroute, en fait une quatre voies sur laquelle ouvrent directement les parkings des commerces et que traversent tranquillement les piétons. Nous tournons un moment dans Fier avant de trouver la route du site romain d’Apollonia. Là aussi, les indications sont inexistantes. Le site domine une large plaine agricole occupée d’un patchwork de petites parcelles et de cultures diverses. Les petites exploitations individuelles ont remplacé les entreprises d’état et abandonné les grands bâtiments agricoles de brique rouge aux toits galbé recouvert de bitume. Nous le constaterons dans toute l’Albanie.

Après le déjeuner, nous visitons le site dont on dit qu’il est le plus important d’Albanie. Sous un soleil de plomb, nous nous trainons de l’Odéon à l’Acropole, de l’Acropole à l’église byzantine, et nous cherchons longtemps le théâtre, dont les vestiges sont à peine visibles dans les fougères et les bouquets de genêts. Nous sommes assez déçus : Butrint est bien plus intéressant.

Après quelques courses, dont un gigot d’agneau que nous dénichons chez un boucher dont l’étal est vide mais le frigo fourni, nous reprenons l’autoroute en direction du monastère d’Ardénica. Une fois de plus, GPS ou pas, il nous faut un moment pour dénicher notre destination. On peut accéder au monastère et visiter la magnifique église. Les fresques recouvrent les murs, l’iconostase est richement décorée, la chaire est finement sculptée. L’ensemble des bâtiments monastiques a été totalement restauré depuis la fin de la dictature.

Nous laissons les moines à leur prière et prenons la direction de Bérat, que nous visiterons demain. La carte nous invite à prendre la route de Mbreshtane dans l’idée de trouver un bivouac près de la chapelle : nous ne la trouverons pas et nous roulerons longtemps sur une piste de terre sans pouvoir la quitter tant les cultures sont denses et les clôtures dissuasives. Nous finiront par nous installer en bord de piste, dans un virage un peu plus large où coule une source claire : nul ne passe sur le chemin, homme et animaux, sans s’y abreuver et reposer un instant. Le gigot sera délicieux. Et la nuit tombera sur la montagne, accompagnée du délicat ballet aérien des lucioles.

 

La piste redescend joliment dans la vallée, puis la route nous ramène à Bérat, la ville aux mille fenêtres, accrochée aux flancs de la montagne, de part et d’autre de la grise rivière Ossum chargée de sédiments. Les maisons s’empilent dans les ruelles tortueuses aux pavés glissants, y ouvrant de lourdes portes de bois dans les soubassements blanchis à la chaux. A l’étage, les nombreuses fenêtres quadrillent les façades de leurs petits bois sombres. La vigne borde partout de petites terrasses. Près de la mosquée des rois, la rue principale lance ses pavés luisants à l’assaut de la citadelle, perchée sur son rocher et dont les murs épais abritent encore un typique quartier de la ville et de nombreux monuments. Le magnifique musée Onufre, qui occupe l’église de la Dormition de la Vierge, abrite de belles icones des meilleurs peintres albanais, dont les œuvres magistrales d’Onufre, le plus célèbre d’entre eux qui vécut au XVI° siècle.

La chaleur de midi nous ramène dans les bas quartiers et nous déjeunons dans un restaurant qui surplombe la rivière et offre sur la ville un panorama grandiose. Les escalopes de veau sont repliées sur une farce de fromage et de champignons, accompagnées d’aubergines grillées, de pomme de terre frites ( Ah, les pommes de terre albanaises !) et de tomates grillées. Des sorbets rafraichissants nous font oublier la chaleur extérieure. Et un second dessert nous est offert par les convives de la table voisine qui fêtent l’anniversaire d’une blondinette de quatre ans à laquelle nous chantons en français : «  Joyeux anniversaire. »

C’est donc l’estomac un peu lourd que nous décidons, dans l’enthousiasme, d’aller voir les pélicans frisés de la lagune de Karavastra. C’est plus facile à dire qu’à faire car une fois encore à Diviakë , aucune indication. Notre première tentative s’achève au bout d’une mauvaise piste à travers champs, du mauvais côté de la lagune. Nous finissons par rejoindre une plage sans doute très fréquentée en été. De là une piste sablonneuse serpente dans un bois de pins sur plusieurs kilomètres et sur la langue de sable, de plus en plus étroite, qui sépare la mer de la lagune. Mais point de pélicans, frisés ou non ! Nous revenons sur la plage et y établissons notre bivouac entre deux paillotes en construction. Là encore, les moustiques nous obligent à regagner les cellules dès la nuit tombée. Une inspection extérieure me fait découvrir 250 de ces sympathiques insectes agglutinés sur la moustiquaire de l’une des baies. Je conseille à Nicole de baisser le rideau occultant. Les moustiques sont entrainés dans le rouleau de la moustiquaire où une petite moitié meure par écrasement, les 140 autres échappent au piège et sont relâchés, horreur, dans la cellule ! S’ensuit une heure de safari bruyant et la ferme décision d’acheter dès demain, une bombe d’insecticide.

 

Nous nous offrons, en début de matinée, le plaisir de rouler sur la plage à bonne vitesse, au plus près de la mer pour atteindre la pointe de la baie.

Après Diviakë, un petit marché de campagne offre de beaux fruits et légumes, une triste quincaillerie chinoise, de pauvres stands de vêtements de même origine et des montagnes de fripes d’occasion. Il n’est pas midi et les marchands remballent déjà.

Nous roulons vers Elbasan. Comme souvent jusqu’ici, nous sommes frappés par les couleurs des maisons neuves. Toutes les nuances de vert sont représentées, le fushia, le rose, le saumon ou l’orange criard ont droit de cité. Le rez-de-chaussée n’est pas terminé, mais l’étage occupé rutile d’une fraiche couleur ou d’une mosaïque de carrelage.

Nous n’entrons pas à Elbasan, cité industrielle et bifurquons au nord sur la route de montagne qui nous mènera à Tirana. Dans la montée vers le col, les paysans se sont installés au bord de la route pour vendre leurs produits : délicieuses cerises, abricots rebondis, fruits blancs et fades du murier platane, miel et huile d’olive… Nous faisons quelques achats pour une poignée de leks. Près du col, un replat herbeux nous invite au pique nique.

La chose faite nous nous séparons. Maïté et Charles profiteront de la nature te chercheront le bivouac. Quant à nous, nous roulons vers Tirana. La CB nous permettra de nous retrouver.

La route est magnifique, offrant de larges vues de tous cotés sur les montagnes souvent abruptes, recouvertes de forêts denses.

Nous entrons facilement dans Tirana. La circulation est assez importante mais nous nous dirigeons vers le centre sans coup férir et, coup de chance, nous trouvons une place sur un parking à 100m de la place Skanderberg, la grande place de Tirana. Elle est en travaux, comme tout le centre de la capitale en pleine rénovation. Nous ne pourrons nous approcher de la statue monumentale de Skanderberg, nous verrons l’immense mosaïque du musée historique derrière les filets d’un échafaudage et devront faire un grand détour par delà les grillages et les palissades pour admirer la tout nouvelle cathédrale. Nous pourrons par contre visiter la belle et ancienne mosquée Et’hem Bey et nous glisser discrètement derrière les fidèles à l’heure de la prière. Personne n’est choqué de notre présence.

Nous nous rafraichissons à la terrasse d’un des plus grands cafés de Tirana, au haut des marches du Palais de la Culture, déserte à cette heure. Une nécessaire visite aux toilettes de l’établissement nous fait par contre traverser, dans une demie obscurité, un véritable « tripot » enfumé où une voix féminine égrène lentement les numéros d’un loto en cours. Des écrans de télévisions diffusent des images de courses de chevaux et les clients parient sur des ordinateurs. Peut être même y-a-t-il des machine à sous ? La librairie Adrion nous permet d’acheter le Figaro Magazine de la semaine : ce n’est pas mon canard préféré, mais il nous livre quelques nouvelles en pleine affaire DSK.

Nous descendons un grand boulevard à l’ombre fraiche et parfumée des tilleuls. De grands bâtiments ultra modernes jaillissent au milieu d’anciens immeubles aux couleurs désordonnées un peu passées. Les commerces en rez-de-chaussée, ou en demi sous-sol, n’ont rien à envier à nos commerces français. Une foule tranquille, très légèrement vêtue sous la chaleur, déambule sans se presser. Dans ce pays majoritairement musulman, les préceptes de l’Islam n’empêchent pas les jeunes femmes, souvent juchées sur de hauts talons, de s’habiller de jupes ultra-courtes assorties à de fins débardeurs. Aux carrefours, des policiers font de leur mieux pour canaliser la circulation anarchique. La rivière Lana, bordée d’espaces verts, traverse paresseusement la ville entre les rives de béton qui la canalisent. Les bancs publics aux vives couleurs incitent au repos.

Il faut s’éloigner en direction du marché pour rencontrer un autre visage de Tirana aux immeubles délabrés, aux réseaux électriques invraisemblables, aux petits commerces de toutes sortes qui vomissent leurs marchandises sur le trottoir, aux cafés et petits restos populaires. Le marché lui-même n’est pas si étendu, étals de beaux légumes et de fruits murs appétissants. Sur un côté, les poissonniers présentent toutes sortes de poissons à l’œil rebondi et aux écailles luisantes : la pêche est locale, en mer, dans les lacs et les rivières d’Albanie.

Nous regagnons Euskalgo après quelques courses alimentaires, regrettant de n’avoir pas plus de temps pour flâner dans cette capitale agréable.

Sur la route qui nous ramène vers notre rendez-vous, nous croisons Charles et Maïté qui descendent vers Tirana. Leur balade de l’après midi est infructueuse quant à un point de bivouac pour la nuit, mais ils ont pu, après de longues et délicates palabres – leur albanais n’est pas au point – acquérir trois kilos de charbon de bois pour nos futurs barbecues.

Nous allons prendre la route du parc national de Dajti, au dessus de Tirana, dans l’espoir d’un bivouac sympa. Du village de Mullet, où nous sommes, une route doit nous y mener, par Gurrë et Priska. Nous en trouvons le départ après un pont, puis la route se rétrécit rapidement, traverse un ou deux villages et nous mène dans un cul de sac au fond d’un hameau. Demi-tour délicat et nous revoici sur la bonne route, puis sur une piste au-delà d’une jolie mosquée. Le GPS nous confirme que nous roulons depuis un moment à l’opposé de notre destination : nous avons du louper un embranchement.

Après un nouveau demi-tour, nous décidons de bivouaquer sur place, un espace accueillant de végétation rase va faire notre affaire à quelques mètres de la piste. Fort de notre expérience, je m’en vais demander l’autorisation d’un quidam qui garde ses deux vaches de l’autre côté de la piste. «  Miredita » Je mets tout mon albanais à la disposition de mon entreprise. Sachant que l’albanais de base hoche la tête verticalement pour dire non et la remue horizontalement pour dire oui, j’interprète les mouvements circulaires de son visage, alternativement dans un sens et dans l’autre, comme une invitation à rester là pour la nuit. « Falemendérit ».

Une fois ses vaches raccompagnées, le brave homme revient pour aider Charles à allumer le charbon de bois pour griller les côtelettes d’agneau. Muni d’une bonne bière et de quelques gâteaux, il restera longtemps assis au bord de la piste, la nuit tombé, repérable au seul rougeoiement de sa cigarette. Nous avons pensé qu’il s’était donné pour mission de monter la garde pour la nuit, et pour notre sécurité. Il n’est enfin rentré chez lui qu’après avoir compris que nous n’avions aucune crainte.

Au loin, dans la vallée, les lumières de Tirana scintillent dans l’obscurité.

 

 

 

 

 

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